La dalle de notre personnalité

A mesure que notre construction personnelle avance, nous voyons s’élever progressivement ses différentes étapes.

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à la dalle de notre personnalité. Une étape importante sur laquelle vont venir ensuite s’adosser les prochaines structures de développement.

Cette avancée essentielle qui nous ouvre la voie de l’épanouissement, repose sur un plan cohérent de savoir-être et de savoir-faire.

Comme les bâtisseurs de cathédrales, nous oeuvrons à l’édification de notre « temple ».

De notre « temple intérieur ».

Qui nous rapproche toujours un peu plus de cette quête d’élévation…

De cette dynamique de mouvement vers une spiritualité universelle.

Qui vise à éveiller l’horizon de la pensée dans ce qu’elle révèle d’ essentiel.

En d’autres termes, à découvrir le « divin » qui existe en nous.

Indépendamment de toute connotation religieuse.

Les travaux d’Abraham Maslow ont établi les différentes étapes de ce cheminement personnel.

 

Que nous enseignent les bâtisseurs de cathédrale ?

1) Que l’excellence reste une valeur incontournable dans l’élaboration d’un projet.

Et qu’elle s’acquière au contact des « Sachants » qui ont cheminé antérieurement sur cette voie.

Non pas pour leur ressembler éternellement.

Mais pour ancrer un apprentissage sur de solides bases.

A l’image des Compagnons du tour de France qui allaient, d’atelier en atelier, parfaire leurs connaissances.

Afin de pouvoir laisser, ensuite, libre cours à leur créativité.

2) Que l’apprentissage est une étape fondatrice dans la sculpture de notre personnalité.

Et qui dit apprentissage, dit, bien évidemment, progressivité dans l’acquisition de connaissances.

D’après vous quel est l’un des moyens d’apprendre les plus efficaces ?

Le jeu !

Vous avez bien lu : le jeu…

Pour une raison essentielle.

Parce que dans le jeu, il n’y a pas d’enjeu.

A ce stade-là, nous laissons libre cours à notre spontanéité.

Sans nous raidir.

Nous avons tous vécu ces moments de grande tension autour de la petite voix intérieure murmurant : « Fais bien attention à ne pas te tromper. Tu passerais pour un incapable. Et tu sais très bien que nous n’aimons pas les incapables… »

La continuité du jeu accueille les principales étapes successives de la formation établies autour de l’enseignement.

Sans la pression…

Puisque, naturellement, nous pouvons tous nous tromper en jouant…

Il n’y a pas d’enjeu !

Souvenons-nous de l’émerveillement qui nous gagne à la vue d’un petit enfant riant en jouant.

Il exprime spontanément toute son innocence et toute son envie de réussir.

Sans se limiter.

Sans peur.

Sans paralysie.

3) Que la volonté reste un pilier majeur dans l’évolution de chacun.

Rien n’est possible sans la détermination à aller de l’avant.

Car l’expérience de la vie ne s’acquière jamais uniquement sur la plage, au soleil, entre deux baignades…

Dès lors que la pluie représente un frein incontournable du fait de l’absence de parapluie à disposition immédiate, il coule de source que cela va même devenir insurmontable !

Rien n’est facile, en règle générale.

La satisfaction, dès lors, est d’autant plus importante que nous avons réussi à aller au-delà.

Au-delà de nos peurs, de nos freins, de nos oppositions réflexes à accueillir l’inconnu.

L’essentiel est donc d’aller de l’avant.

De tomber.

Oui.

Souvent.

Toujours trop à notre goût…

Mais de se relever.

Et de se relever toujours une fois de plus que le nombre de fois où nous sommes tombés.

Le compte des chutes est important.

Afin de considérer que leur souvenir reste aussi un facteur de progression.

Mais le compte essentiel est celui des redressements.

Prendre son temps, certes.

Mais, dans l’esprit, inscrire en lettres d’or notre motivation à se relever.

4) Qu’un des enseignements essentiels est celui de se tromper…

Etonnant, non ?

Se tromper, non pas pour se lamenter et se freiner.

Se tromper ET chercher à savoir pourquoi.

Afin d’ effacer tout échec !

C’est plutôt contre-intuitif, tout cela.

Je vous l’accorde aisément.

En fait, dès que nous sombrons dans la peur de se tromper, automatiquement et, surtout, immédiatement, nous nous figeons.

Avec, dans l’esprit, le réflexe de ne plus bouger.

Pour éviter d’aggraver.

Vous savez autant que moi que cette posture va accentuer la difficulté en nous rendant obsessionnels autour de l’idée de continuer à se tromper.

Mais, en plus, cela va nous empêcher d’élaborer une stratégie gagnante du fait de cette incapacité à croire en soi.

La petite voix nous le rappelle bien : « Tu vois bien que tu es incapable. Alors, arrête un peu les dégâts. Et arrête de croire que tu vas y arriver… »

En fait, se tromper et rester dans l’ impossibilité d’élaborer de nouvelles perspectives a une définition : cela s’appelle un échec.

Ce n’est pas vraiment ce que nous apprécions le plus.

Et pourtant !

C’est ce que nous « fabriquons » le plus…

Je propose d’envisager l’échec comme un tremplin.

Comme une façon de progresser.

Parce qu’il a en soi cette option.

Invisible à l’oeil nu.

Tout comme se relever une fois de plus.

En fait, toutes les grandes inventions de l’humanité se sont révélées par tâtonnements.

Et, parfois, initialement par des échecs cuisants.

Mais, à chaque fois, les échecs initiaux ne sont pas restés en l’état.

Les différents acteurs ont réussi à les transformer en perspective d’évolution.

Parce qu’ils ont trouvé des ressources en eux-mêmes.

Mais aussi par ce qu’ils ont trouvé des ressources dans leurs échecs.

Ces ressources portent un nom : le sens.

Tous les inventeurs, tous les chercheurs passent par cette étape décisive : ils réussissent à mettre du sens sur ce qui s’est produit.

Cette analyse permet de progresser dans la découverte car elle éclaire sous un jour nouveau la situation.

Et nous offre d’envisager une évolution substantielle.

Sans garantie.

Oui, et alors ?

En cas d’échec initial, une solution : y mettre du sens.

Et repartir.

Car il n’y a rien de plus difficile, à mes yeux, que de s’avouer vaincu avant même de combattre…

N’abandonnez jamais.

Jamais.

Renoncez, si vous le décidez.

Mais ne vous résignez pas.

Jamais.

5) Qu’une des qualités incontournables est de donner le meilleur de soi-même.

Une des difficultés majeures dans la construction de la personnalité est de se sentir obligé en permanence d’être le meilleur.

Et de constater à quel point cette injonction nous pousse à devoir toujours être parfait.

Et à ne jamais y parvenir.

Avec, en définitive, l’impossibilité de croire en ses propres capacités…

La ressource qui permet de gérer cette difficulté existentielle réside dans le fait de donner, en permanence, le meilleur de soi-même.

« Donner le meilleur de soi-même » et « devoir être le meilleur » sont très souvent confondus.

Cela n’a rien à voir.

C’est même l’opposé.

En effet, la différence majeure est la suivante :

« Devoir être le meilleur » induit, de fait, une exigence quant au résultat attendu.

Je dois réussir.

Qui plus est, avec l’exigence d’être le premier.

La roulette russe réinventée.

C’est maintenant ou jamais.

« Donner le meilleur de soi-même » correspond au fait d’aller au bout de ses capacités.

Pour n’avoir aucun regret.

Pour visualiser l’étendue de ce qui est acquis et de ce qui reste à acquérir.

Pour considérer que la situation du moment est intermédiaire.

Qu’elle correspond à un palier de progression en devenir.

C’est, à l’âge adulte, l’équivalent du jeu chez l’enfant.

Avec la prise de conscience, la capacité de compréhension et la stratégie d’évolution en plus …

6) Que nous sommes plus forts et plus compétents lorsque nous unissons nos énergies.

Une cathédrale ne s’est jamais bâtie avec un seul homme.

L’association des forces vives de chacun et, surtout, la mise en commun des différentes compétences créent une synergie qui dépasse le nombre des individus qui les composent.

Dans ce cas, 1+1= 3

Ensemble, nous sommes plus forts…

Parce que nous apportons, chacun, nos capacités.

Parce que ces capacités donnent à l’unité un effet dynamisant supplémentaire.

Cela se rapproche de l’intelligence collective.

A titre individuel, comment considérer cette perspective-là ?

En posant l’évidence que nous sommes composés de multiples performances.

Qu’elles s’ajoutent les unes aux autres pour donner un relief global plus pertinent.

Plus grand, tout simplement.

Mais comment considérer cette possibilité accessible, si, en permanence, nous sommes épiés par la petite voix intérieure qui nous susurre : « tu es incapable… »?

L’avez-vous déjà entendu dire :

« Sur cette situation, tu as manqué de discernement, (ou de force, d’endurance, de concentration, de connaissances…) mais cela ne remet pas en cause toutes tes qualités.

Réessaie pour dépasser cette difficulté ponctuelle.

Même et surtout si elle t’a beaucoup affecté. 

C’est à ce titre que tu pourras continuer à voir plus grand.

Et à conserver tous tes rêves d’enfant… »

7) Que les rêves d’enfant ne sont pas faits que pour les enfants.

Que disons-nous de ces rêves d’enfant, justement ?

Qu’ils sont amusants, extravagants, irréalistes, innocents, craquants…

Ajoutons qu’ils sont dénués de limites que nous nous imposons, nous, les adultes.

Qu’ils gardent cette notion de liberté totale et de capacité à croire en eux.

Qu’ avons-nous fait, nous, de nos rêves d’enfant ?

Au mieux, enfouis dans les méandres de nos souvenirs.

Et si nous considérions qu’ils gardent en eux une qualité principale qui nous fait tant défaut à l’âge adulte ?

La capacité d’émerveillement…

Peut-être serions-nous plus à l’écoute de ce que nous sommes vraiment.

Et, sans aucun doute, plus à même de se respecter.

Sans effacer la réalité d’aujourd’hui.

Mais en conservant dans notre coeur la puissance de leurs perspectives.

A travers tous ces enseignements séculaires et référants, comment les appliquer à nous-mêmes ?

Car, au contact de notre quotidien, il est évident que nous ne fonctionnons pas de cette façon.

Souvenons-nous de nos injonctions de perfectionniste :

« Je dois te faire plaisir pour que tu m’aimes »

« Je dois te faire plaisir et je n’en peux plus »

« Je n’en peux plus et je m’effondre »

« Je n’en peux plus et je me mets en colère »

Ces obligations existentielles impriment à nos comportements des orientations pré-établies.

En nous conférant la nécessité du « faire plaisir », elles déterminent notre façon de penser et d’agir.

Avec l’impossibilité d’adopter d’autres postures.

Avec la perspective de s’écrouler totalement lors d’épuisement.

Envisageons d’imprimer sur notre chemin d’évolution, sur notre parchemin de vie, les couleurs d’un horizon attractif.

Devenons les bâtisseurs de notre cathédrale…

6 réflexions au sujet de « La dalle de notre personnalité »

  1. Cet article résonne en moi… et j’ai envie de citer encore une fois Matthieu Ricard :
    Depuis notre naissance, nous laissons notre esprit fonctionner comme bon lui semble, à l’image d’un gamin capricieux, et nous sommes bien obligés de voir que rien de vraiment positif n’en a résulté. Reprendre les rênes devient indispensable et mérite que nous y consacrions du temps, ne serait-ce qu’un peu chaque jour.
    JIGME KHYENTSE RINPOCHE (b. 1964)

    • Bonjour Marie,

      L’élévation de l’esprit au décours d’un cheminement éclairé permet de partager des idées et,souvent, des idéaux universels.
      Chacun apporte sa pierre à l’édifice selon sa propre expérience de vie optimisée.
      D’où la richesse des échanges.
      Car les sources d’inspiration résident fréquemment dans la conception et la touche personnelles que nous avons chacun et qui nous offre un regard sur la réalité totalement spécifique.
      La richesse et la synergie de ces réflexions aboutissent à éclairer l’esprit et à donner à chacun la possibilité de faire évoluer son point de vue initial…

      • Bonsoir,

        Je comprends tout à fait la nécessité de partager et d’échanger.
        La semaine dernière, Matthieu Ricard a parlé des relations parents-enfants : « Qu’aimerions-nous transmettre à nos enfants ? Une belle image de nous-même, de sorte qu’ils nous voient plus beaux que nous ne sommes en réalité ? À quoi bon ? Des biens matériels ? C’est leur mettre entre les mains un monceau de problèmes. […] Notre présence ? Que nous le voulions ou pas, ils seront séparés de nous quand nous mourrons. […] Ce qu’en revanche nous pouvons leur léguer, c’est une source d’inspiration, une vision des choses qui ait un sens et qui puisse leur donner confiance à chaque instant de leur vie. Pour cela nous devons bien sûr acquérir nous-mêmes une certaine assurance, une certitude intérieure. Or, ce sentiment ne peut à l’évidence venir que de notre esprit ; il est donc grand temps de nous occuper de celui-ci. »
        J’ai tout de suite pensé à mes parents… et à ce qu’ils m’ont transmis… ou plutôt à ce qu’ils ne m’ont pas transmis… donc comment faire pour en finir avec la souffrance ? reprendre les rênes et s’occuper de son esprit qui peut créer le bonheur comme le malheur.
        La lecture de l’article a fait remonter des choses, je me suis retrouvée comme face à un résumé. J’ai vu différentes étapes que j’ai traversées. Notamment quand j’ai lu « se relever toujours une fois de plus que le nombre de fois où nous sommes tombés ». Je ne sais pas vraiment pourquoi mais cette phrase est toujours restée en moi, assez présente dans mes pensées, depuis que vous me l’avez dite cet été… quand j’étais au bord de la résignation.
        J’aime cet article, c’est un guide.

        En paraphrasant Matthieu Ricard, il me semble nécessaire de s’occuper de son propre esprit et si on parvient à éradiquer ses poisons intérieurs, rien d’extérieur ne pourra plus nous affecter négativement, mais tant que ces poisons resteront mêlés à notre esprit, nous ne trouverons nulle part au monde le bonheur que nous désirons.

        Je veux y croire et garder espoir.
        « Certains affirment n’avoir aucun but dans l’existence, pourtant ils en ont assurément au moins un, celui d’être heureux, comme tous les êtres. Nous nous voulons tous du bien. Ce sentiment élémentaire et fondamental est le signe que nous avons à l’intérieur de nous un potentiel, une richesse à exploiter. »
        JIGME KHYENTSE RINPOCHE (b. 1964)

        • Merci Marie pour ce beau témoignage de vécu personnel.

          Pour cultiver naturellement l’énergie de vie qui est en nous.

          Que nous ne voyons pas forcément lorsque les difficultés nous assaillent…

  2. En lisant cet article, que de bouleversements, un écho au travail que l’on essaie d’effectuer ensemble… qui suis-je et comment devenir moi et moi seule. Cet article est une lumière dans l’obscurité de ma tête, un cheminement à suivre, une trajectoire à ne pas quitter des yeux…. ce qui permet de garder pied et espoir… merci

    • Merci beaucoup Emeline pour ton commentaire empli de sincérité. Il souligne ta détermination et ta volonté d’exister librement.
      A la lumière des connaissances que tu acquiers et au rythme qui te correspond. Dans cette quête existentielle de lumière et de sens…

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