Les contreforts de la personnalité

Au décours de la construction de notre cathédrale intérieure, il est essentiel de pouvoir équilibrer l’élévation de nos piliers par les contreforts de la personnalité afin d’en solidifier l’assise, d’en assurer une stabilité verticale et de s’opposer à la pression qui pourrait aboutir à leur renversement.

Nos références de vie acquises au décours de l’enfance vont progressivement s’adosser à tous les contreforts de la personnalité afin de nous permettre de développer une dynamique d’action.

Or, toute action nécessite, au préalable, une concertation et surtout une optimisation stratégique.

Durant nos premières années de vie, cela est rarement le cas !

La spontanéité qui nous anime alors, nous conduit instinctivement à adopter les modélisations de nos prédécesseurs comme des guides imperturbables.

Cette identification précoce induit tout naturellement la croyance selon laquelle nous fonctionnons selon nos propres spécificités même si l’exemple transmis par héritage reste prépondérant.

Heureusement que ce mode d’identification existe !

Nous serions, en effet, impuissants à élaborer par nous-mêmes une auto-suffisance précoce…

Cet apprentissage inaugural lié à cette imbibition comportementale de nos aïeux les plus proches nous permet de grandir au mieux.

En d’autres termes, nous dépendons de leur présence et de leur savoir-faire.

Tout parent responsable observera avec la plus grande attention possible les progrès de sa progéniture.

Toute progéniture déterminera le mieux possible l’observation à la lettre des préceptes référents.

Tout pourrait aller ainsi, dans le meilleur des mondes.

Quelle difficulté, par exemple, rencontrons-nous lorsqu’une opposition apparait et détermine un refus de poursuivre l’imitation ?

Sans attendre la crise d’adolescence salvatrice, souvenons-nous des premiers : « Ce n’est pas bien ce que tu as fait là. Papa n’est pas content du tout de toi… »

Ou, aussi : « Ce n’est pas beau de mentir, tu dois tout dire à Maman… »

Immédiatement et au-delà de la caricature, s’exprime une réprobation de l’attitude de l’enfant compte-tenu d’un comportement non conforme au modèle.

Loin de moi, bien évidemment, l’adhésion à un « laisser tout faire » en opposition frontale à ces exemples !

Mais, d’après vous, que va-t-il se passer dans le cerveau de nos chérubins ?

Réponse : la même chose que ce qui s’est passé dans le nôtre lorsque nous étions enfant..

A savoir : « Je suis le pas gentil, le pas beau, l’incapable… »

Cette posture à un nom : la Culpabilité.

Elle imprègne notre quotidien de façon indélébile et bien plus ancrée dans notre intimité qu’on ne peut l’imaginer.

Car elle nous est transmise dans l’invisible de notre actualité.

Elle fait suite à notre éducation liée à la morale judéo-chrétienne et aux principes intangibles de punition liée au jugement de nos « éducateurs tout-puissants » qui, dans ce cas, acquièrent une expression d’essence divine.

Nous allons intégrer inconsciemment la nécessité de se conformer aux règles non discutables de la morale.

Ces règles qui s’expriment sous la forme de dogmes éternels n’ont d’autre raison d’être que de fixer le cadre de ce qui est bien, de ce qui est mal.

C’est ce que l’on appelle communément la morale.

Indépendamment de la culpabilité résultant d’une faute consciente qui trouve sa solution au contact de la loi, nous abordons aujourd’hui préférentiellement la notion de culpabilité subjective qui induit la notion de ce qui est bien et de ce qui est mal par rapport à ce qui a été vécu vis-à-vis de ce qui aurait du être vécu.

Dans ce cas, ce n’est pas la loi qui juge mais la conscience.

Et à ce niveau-là, il n’y a pas de limites objectives dans la notion de ce qui est répréhensible et nous sommes très créatifs afin de nous trouver des fautes impardonnables supplémentaires.

La liste exhaustive est rarement définitive !

Dans cette situation existentielle où nous posons le fait de « se sentir coupable », nous allons fonctionner comme si nous l’étions officiellement.

Et d’après vous, qu’attend le coupable ?

Oui, le coupable n’attend qu’une chose : la punition.

Nous allons donc devenir des experts de l’auto-punition.

Celle-ci revêt des caractéristiques particulières puisqu’elle est induite par l’intensité et la hauteur de notre jugement face à la sensation de la gravité de la faute supposée commise et face à l’importance de la culpabilité qui en découle.

Les conséquences de ce sentiment vont s’exprimer de façon symbolique, puisque l’auto-punition déclenche des peines absolues non discutables.

Nous allons d’ailleurs chèrement nous les faire payer.

 

Les principaux effets les plus fréquents sont les suivants :

1) Les troubles obsessionnels compulsifs :
A force de ruminer et de se déconsidérer, les pensées tournent en rond, de plus en plus vite.
Jusqu’à déclencher un univers dans lequel nous trouverons les possibilités de garder présents à l’esprit touts les phénomènes négatifs qui semblent nous concerner et que nous voyons comme insurmontables.
L’esprit va élaborer des conduites automatiques restrictives et, de fait, déclencher des attitudes enfermantes.

2) Les conduites d’échec répétitives :
Elles s’expriment le plus souvent dans le contexte de la vie amoureuse ou professionnelle ou les deux d’ailleurs.
C’est le bon moyen de se faire payer là où ça fait le plus mal…

3) Les troubles sexuels :
Comment envisager une possibilité de plaisir alors que tout respire la nécessité de se punir ?

4) Les postures agressives :
Tournées vers soi ou les autres elles permettent de projeter la violence symbolique de la haine de soi.

5) Les comportements addictifs :
On ne compte plus les plongeons dans les univers parallèles afin de s’extirper de soi puisque cela devient insupportable.
De l’auto-punition, nous passons à l’auto-destruction.
Les exemples ne manquent pas. Ils touchent, selon les individus, l’alimentation, les achats compulsifs, les drogues en tout genre, le tabac, l’alcool, les jeux d’argent, l’addiction sexuelle…

6) Le refoulement :
« Il ne s’est rien passé… » Pour mieux enfouir les difficultés et courir le risque (ou plutôt, la certitude) d’aggraver la difficulté originelle lors du recontact avec la problématique inaugurale non résolue.

7) La rumination permanente :
L’esprit reste focalisé sur une idée récurrente et tout entier « collé » à une situation qui l’empêche d’avancer.
Sauf à amplifier le trouble inaugural.

La principale cause d’inertie est la suivante :

La culpabilité est source de posture contre-productive.

« Nous sommes tous des spécialistes pour trouver des orientations ambivalentes »

Qui finissent tranquillement par aggraver tout ce qu’elles touchent.

La difficulté est la suivante et ce, quelque soit l’âge de la personne :

« Je ne me sens pas forcément bien et en harmonie avec l’héritage qui est le mien. Je souhaiterais modifier ma banque de références concernant ma façon d’agir.
En particulier, au sujet de mes réactions et de ce que j’ai appris à vos côtés.
Mais comment envisager de bien vivre cette évolution puisque, par définition, vous êtes mes référents absolus ? »

En d’autres termes, comment pouvoir casser l’héritage d’essence divine que j’ai reçu sans considérer que j’ ai détruit votre aura de « tout-puissant »?

« Qui suis-je, avec mes minuscules convictions, pour défier cette idée de divinité symbolique ?»

La réponse est simple et limpide : « Je suis le coupable. Coupable d’avoir pu envisager de vous blesser éternellement… »

La conséquence coule de source : quelle est la punition réservée au coupable ?

La réponse reste toutefois la même, indépendamment de la gravité supposée de cette faute originelle imaginaire : la punition maximale.

Et nous sommes tous très habiles pour amplifier la peine…

Car, au-delà de la punition, commence à poindre une perspective de résolution.

L’enchainement est le suivant :

– Je suis coupable,

– Je dois être puni,

– Je dois me punir

– Au maximum

– Pour être pardonné…

Nous entrevoyons l’horizon de l’évolution : comment être pardonné ?

Là aussi, les automatismes vont bon train.

« J’ai une dette. Permanente. »

La solution apparait, salvatrice : pouvoir se racheter.

Et, naturellement, entrevoir l’orientation du rachat : tout faire pour que vous soyez contents de moi.

Pour que vous m’aimiez.

De nouveau…

Dans cette configuration nait « l’amour-réparateur ».

L’amour qui répare une faute originelle fantasmée.

D’où la porte ouverte à tous les excès dans le domaine :

« Je serai le plus sage du monde pour que tu m’aimes… » : c’est la réponse attachante de l’enfant vis-à-vis de ses parents.

«  Je serai le plus merveilleux époux, la compagne la plus attentionnée pour que tu m’aimes… »

Cela ne vous rappelle rien ?

Pour que tu m’aimes toujours ?

« Oui »

Mais, surtout, pour que tu me gardes toujours…
Qui n’a jamais vécu, lors de séparation affective, cette lancinante interrogation : « Pourquoi n’ai-je pas vu ? Pourquoi n’ai-je pas fait ? Laisse-moi encore une chance…. »

Nous reviendrons, en temps et en heure, sur les orientations affectives et les choix amoureux qui s’expriment en nous au-delà de notre conscience.

Pour le sujet du jour, la perspective d’une résolution de culpabilité ne repose pas sur le rachat.

Car la dette est toujours inextinguible…

La résolution objective passe par l’élaboration d’un espace de valeurs qui intègre d’autres références que celles qui nous habitent depuis l’aube de l’humanité.

Plus qu’un challenge, cela correspond d’abord à la construction d’une liberté de pensée autour de valeurs incluant la triade : « Je décide, j’agis, j’assume ».

La dépendance vis-à-vis de la clémence de l’autre n’est plus d’actualité.

Car nous abandonnons définitivement la morale.

La morale dans sa composante dogmatique, intangible et basée sur le jugement définitif.

Pour construire un domaine de lumière et de sagesse dans l’ouverture d’esprit.

Ce n’est pas une utopie !

Contrairement à ce qui vient de vous heurter l’esprit.

Ce domaine existe déjà.

Et il n’est pas réservé qu’aux seuls initiés…

Il est surtout fondamentalement ignoré car n’entrant pas dans les canons de la pensée habituelle.

Ce domaine s’appelle l’éthique.

L’éthique est une disciple à composante philosophique concernant les actions et les règles à mettre en place afin de répondre à la question existentielle essentielle : «  Comment agir au mieux ?».

Pour soi et pour ceux qui nous entourent.

Elle intègre comme valeur intangible le respect absolu de soi-même et d’autrui.

Elle nous rend responsable et acteur.

En fait, « l’éthique correspond à une morale débarrassée de ses croyances superstitieuses et de ses condamnations moralisatrices utilisée comme une arme contre les Autres » ( Constantin Brunner, philosophe héritier de Spinoza.)

Dans ce cas, ce n’est plus le Bien ou le Mal que nous recherchons.

C’est le Bon pour soi, le Bon pour autrui que nous élaborons du mieux possible.

Dans le cadre d’un ensemble de lois potentiellement évolutives qui fonde la capacité à vivre ensemble dans le respect mutuel.

Les contreforts de la personnalité s’adossent à cette dimension de la pensée.

Je vous propose d’embarquer pour cette aventure de vie.

Eternelle…

Une réflexion au sujet de « Les contreforts de la personnalité »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *