Les fondations de la personnalité

Alors que les prémices des fondations de la personnalité s’établissent dès la naissance, il est essentiel de comprendre qu’ils vont être directement sculptés par les conditions de vie et par les comportements des proches.

Ces repères perceptibles initiaux vont déterminer une posture d’identification et déclencher la continuité de l’imitation.

D’où la nécessité de faire plaisir, comme nous l’avons vu.

D’où l’obligation de ne pas décevoir.

D’où, surtout, l’exigence faite à soi-même de rester irréprochable.

D’où la peur et plus fréquemment encore, la peur-panique d’être mal jugé et définitivement rejeté.

Pour, finalement, tomber dans l’angoisse majeure de ne plus être aimé.

Cette séquence comportementale est essentielle à connaître car elle va se rejouer dans toutes les situations relationnelles qui peuvent apparaître comme étant des répétitions à l’infini de ce qui existait à l’origine…

Cela entraine fréquemment l’expression de plus en plus marquée d’un comportement de perfectionniste.

D’où ma maxime : « On ne naît pas perfectionniste. On le devient…»

Ce type d’attitude traduit une tentative de résolution de peur.

Mais, « toute action soumise à la peur qui tente de la gérer, va toujours l’aggraver »

En d’autres termes, toute action fébrile émotionnelle emplie de peur et qui voudrait la réduire, va toujours l’amplifier…

Nous allons vivre en permanence l’exacte difficulté qui nous rend si vulnérables.

Tout faire pour rester aimables ( dans le sens pouvant être aimés) et aboutir à la certitude du contraire.

Un peu plus chaque jour…

Pour contrer cette irrémédiable descente aux enfers de l’estime de soi, nous allons tenter d’utiliser une recette infaillible : en devenant parfaits, nous serons sauvés !

Ok. Va pour la recette !

Mais, concrètement, cela donne quel type de posture ?

Lorsque je demande à ce que l’on puisse me décrire le comportement d’un perfectionniste, la quasi totalité des réponses s’articule autour de cette définition : « le maniaque »

En effet, chacun s’accorde à considérer que le « maniaque » représente l’aboutissement ultime du mode perfectionniste.

Et dans l’esprit de chacun, cela se traduit par une façon de vivre très particulière.

Les différentes descriptions tournent autour de : « Jusqu’au-boutiste, enragé, ne s’arrêtant jamais tant que ce n’est pas comme il a décidé, épuisant pour l’entourage, bulldozer »

J’ajouterais aussi des conséquences pénibles qui vont aggraver le tableau descriptif.

Mû par la nécessité de tout maîtriser, le perfectionniste fonctionne sur un mode binaire : « c’est parfait ou c’est nul ».

En clair, « c’est parfait ou JE suis nul ».

Devant cette roulette russe existentielle où, à chaque instant, la peur d’échouer conditionne la capacité à vaincre les éléments du quotidien, certaines décompensations vont voir le jour.

Au premier rang desquelles figurent les TOC.

Les troubles obsessionnels compulsifs.

Pour ceux qui ne pratiquent pas ce langage des émotions, cela correspond à l’apparition de comportements impérieux contre lesquels la pensée ne peut rien.

Ou pas grand-chose…

Vous avez tous entendu : « j’en ai assez de me comporter comme cela, mais je ne peux pas m’en empêcher… »

Ce cercle vicieux est très invalidant.

Les personnes en souffrant, décrivent le caractère insupportable de la situation et, en même temps, soulignent le fait de ne pas pouvoir y résister.

Les exemples ne manquent pas :

vérifications incessantes et anxiogènes ( ai-je bien fermé la porte d’entrée, éteint le gaz, baissé les volets ),

suis-je sûr de ne pas avoir de microbes sur les mains (lavages permanents en conséquence),

n’ai-je pas renversé quelqu’un en voiture sans m’en rendre compte (demi-tours multiples, allongements des temps de trajet).

Toutes ces façons d’agir n’ayant qu’un seul et même but : être sûr.

Sûr à 100, 1000, 10000 %…

Sûr de sûr.

Lorsque la raison s’en mêle, immédiatement, le tableau s’aggrave…

« Oui, mais si je suis sûr, alors pourquoi dois-je retourner vérifier ? »

Cela veut bien dire que je ne suis pas sûr, en fait.

Que je ne dois pas me faire confiance puisque je ne suis pas capable de savoir à coup sûr.

Pourvu que je finisse quand même par être rassuré.

Il vaut mieux que je ne me trompe pas.

Je vais quand même retourner vérifier une dernière fois.

On ne sait jamais…

Cela serait tellement bête ( et insupportable) d’être passé à côté de ce que je dois faire pour être parfait.

Oui, mais j’en ai vraiment assez de me polluer la vie à perdre autant de temps pour devoir vérifier tout ce que je fais.

Je veux changer et je ne peux pas…

Voici le paradoxe : « Se libérer des toc. Et tout faire pour qu’ils perdurent !… »

Puisqu’au fond, ce sont les garants imaginaires de ma capacité à être parfait : ils sont là pour m’entrainer à tout vérifier.

Il est fondamental de comprendre que les toc ne s’effaceront pas tant que la confiance en soi n’est pas clairement établie et spontanément vécue.

Et de savoir que ce n’est pas non plus un traitement médicamenteux qui permettra, dans le temps, de proposer une solution durable.

Il peut être néanmoins un secours transitoire. Comme une béquille.

La ressource efficace est la construction d’une base d’estime de soi intangible.

Nous verrons, la semaine prochaine, sur quelles fondations, elle repose.

En attendant, je tiens à vous transmettre une clé de compréhension quelque peu originale…

Nous venons de percevoir à quel point la posture du perfectionniste, dans sa version « maniaque » peut être invalidante.

Eh bien, rassurez-vous, il y a pire !

Au-delà de cette boutade, se cache une réalité encore plus difficile.

En effet, j’ai élaboré une deuxième définition caractérisant le perfectionniste.

Je l’ai intitulée : le perfectionniste paradoxal.

Il est tout autant perfectionniste que celui qui s’exprime sur le mode « maniaque ».

Mais le « paradoxal » a ceci en plus : c’est que nous ne l’identifions pas comme un perfectionniste.

D’où cette explication indispensable.

Le mode de fonctionnement du « paradoxal » est le suivant : « Je veux que tout soit parfait. Mais j’ai tellement peur de ne pas y arriver, que je ne commence même pas… »

Dans l’esprit de ceux qui le côtoient, cela correspond exactement à un comportement d’indifférence.

Malheureusement, dans la très grande majorité des cas, ce comportement est catalogué comme celui (au choix) de :

« j’en-foutiste, qui a un poil dans la main, toujours dans la lune, à penser à autre chose plutôt qu’à faire ce qu’il aurait dû faire, n’écoutant pas ce qu’on lui répète et qu’il aurait déjà du terminer depuis bien longtemps… »

Alors qu ‘en fait, cela exprime une posture de rétraction face à la peur d’échouer.

Pour le « paradoxal », mieux vaut passer pour un « j’en-foutiste, plutôt que pour un incapable »

C’est-à-dire que je préfère ne rien faire plutôt que montrer que je me suis trompé.

Au moins, le jour où je commencerai à faire quelque chose, personne ne me dira que je suis nul avant de débuter…

Un exemple fréquent est le désordre souvent très important qui peut régner à leur domicile contrastant avec l’extrême rigueur appliquée dans le reste de leur vie.

Posons-nous la question de savoir combien de perfectionnistes paradoxaux avons-nous croisés dans notre quotidien en les affublant de pensées peu amènes ?

Et posons-nous cette même question au sujet de nos enfants, dans leur posture face à l’apprentissage scolaire et leur comportement en classe…

Nous comprendrons mieux les affres auxquels sont confrontés nos enfants et vis-à-vis desquels ils vont tenter de se sauver selon leurs propres moyens.

Probablement, déciderons-nous de les accompagner autrement qu’en étant nous-mêmes assaillis et submergés par nos émotions.

Tout entiers dans la posture de l’exigence que nous leur transmettons, identique à celle que nous avons perçue et avec laquelle nous avons vécue durant notre enfance.

Nous constatons à quel point l’esprit humain va tenter de trouver des solutions pour « faire bien comme il faut », selon les préceptes éducatifs enseignés…

A ce sujet, savez-vous pourquoi les perfectionnistes travaillent-ils, le plus souvent, dans l’extrême urgence ?

Pour trois raisons essentielles !

La première s’appelle la procrastination.

Elle correspond à la définition de remettre à après-demain ce qui aurait du être réglé avant-hier.

Compte-tenu du fait que la peur devienne le guide, bien évidemment, l’illusion de penser que demain sera plus léger qu’aujourd’hui, va conditionner nos actes et nos gestes : tout remettre à demain !

La deuxième s’appelle la perspective d’acheter la compassion de l’autre !

En commençant le travail quand les autres l’ont déjà bien avancé, le regard plutôt désapprobateur que l’extérieur porte sur cet état de fait implique, de la part des perfectionnistes la réponse suivante : « Regarde tout ce que j’ai fait depuis que je m’y suis mis . J’y suis à fond. Tu ne vas quand même pas me punir ! »

La troisième s’appelle le dos au mur.

J’ai tellement peur de me tromper que je veux que tout soit parfait. Oui, entendu.
Mais si je commence et que je rends ma réponse , mon travail, à l’avance, je suis sûr qu’en relisant je vais y trouver plein de choses à corriger.

Et ça sera trop tard…

J’ai beaucoup trop peur de tout cela.

Alors, travailler au dernier moment avec, comme objectif, la perspective de tout donner pour ne rien regretter et arriver, néanmoins, à finir dans les temps, c’est ce que je choisis de poser comme organisation…

Pour la même raison, à chaque fois…



Pourvu que tu m’aimes !…

Oui, bien sûr.

Mais à quel prix ?….

9 réflexions au sujet de « Les fondations de la personnalité »

  1. Oups ! Je me reconnais tellement dans la posture du perfectionniste paradoxal. Des projets, toujours des projets, toujours repoussés à plus tard, minée pat la peur de ne pas réussir parce que je voudrais que ce soit parfait, plus que parfait, novateur, inédit… bref, EXCELLENTISSIME ! Résultat : angoisses, anxiété, immobilisme et bien sûr, sentiment énorme de culpabilité jusqu’au prochain épisode du « ça y est, je m’y mets… j’ai plein d’idées nouvelles… oui, mais… vais-je y arriver ? »… et ça recommence. Un vrai cercle vicieux ! La raison ? Une éducation hyper rigide, un père très autoritaire, aucun droit à l’erreur, sinon… La perfection pour être aimé ? C’est sans doute ce qui inconsciemment nous poussait à nous soumettre au diktat du pater familias, sauf que c’est un leurre car nous n’en n’avions jamais aucune compensation : ni amour, ni compliment, ni reconnaissance. Lorsque nous osions lui faire remarquer, nous n’avions droit qu’à cette seule réponse : « Mais pourquoi ? C’est normal ! Je n’en attends pas moins de vous. »

    • Bonjour et merci pour ce témoignage, Véronique.
      Chacun de nous, en effet, reçoit un exemple de vie à travers le modèle de ses parents.
      Nous considérons tous qu’il soit LE seul modèle envisageable.
      Vis-à-vis duquel nous allons nous construire.
      Soit en symbiose, soit en opposition.
      D’où l’extrême difficulté à bâtir d’autres références de vie.
      Indépendantes et auxquelles nous adhérons en pleine conscience.
      Ce chemin qui mène vers la liberté de pensée donne, à mes yeux, tout son sens à la vie.

      • Bonjour David,

        J’ai décidé de lire « Toujours mieux !: Psychologie du perfectionnisme » de Frédéric Fanget. Je pense que ce sera un bon outil.

        A bientôt,
        Véronique F.

      • Je pense à mon père et à cette exigence qu’il avait d’avoir des enfants parfaits. Lui même a subi cette éducation avec une mère à la fois possessive, étouffante et maltraitante. Et pourtant, il ne remettait pas en cause cette éducation dont certains épisodes traumatisants le faisaient encore souffrir à plus de 50 ans. Je me souviens d’un épisode en particulier qu’il avait raconté : il fallait toujours qu’il ramène de bonnes notes, qu’il soit premier au classement. De santé fragile (la faute de sa mère qui le couvait tellement que son système immunitaire ne le protégeait pas), il était souvent malade et était régulièrement absent à l’école. Après une absence prolongée, ses résultats avaient baissé et il avait perdu des places au classement. Sa mère l’a donc puni en lui confectionnant un bonnet d’âne et en l’accompagnant ainsi affublé de ce chapeau ridicule, un martinet à la main. A plus de 50 ans, il avait encore envie de pleurer quand il le racontait. Mais il ne fallait surtout pas dire que sa mère était une mauvaise mère. Selon lui, elle était dure mais c’était pour son bien. N’ayant jamais remis en question ce système d’éducation abusive, il le reproduisait avec ses propres enfants. Mon père était une victime consentante de son éducation et est resté toute sa vie sous l’emprise de sa mère (jusqu’à ses 54 ans car il a été emporté prématurément par le cancer… c’était un gros fumeur mais qui sait si ce n’est pas d’abord sa souffrance psychologique qui a favorisé le développement de ce cancer ?). Détestant ma grand-mère pour tout le mal qu’elle lui avait fait, j’avais cru pouvoir ouvrir les yeux à mon père et l’aider à se libérer de ses chaînes. Ce faisant, j’étais devenue une ennemie pour lui et il m’a rejetée. J’en ai souffert et j’ai beaucoup culpabilisé mais par la suite, j’ai compris que je n’avais fait que ce que je pensais être juste. En même temps, j’ai compris aussi que le rôle des enfants n’est pas de sauver leurs parents car c’est une trop grande souffrance.

        • Nous entrons, à travers l’exemple de vie de Véronique, dans le schéma transgénérationnel de l’éducation et, plus généralement, des repères de vie.
          Nous sommes tous « formatés » dans le moule des héritages familiaux.
          Chacun, en fonction de sa capacité à les identifier et à s’en détacher, va induire une trajectoire de vie plus ou moins épanouissante.
          Certains vont trouver une dynamique attractive dans le fait de les reproduire.
          D’autres vont entamer un long combat dans le cadre d’une opposition pied-à-pied face à eux.
          Dans les deux cas, cela ne permet pas d’acquérir une liberté d’affirmation car les modèles restent prépondérants dans l’esprit de chacun.
          Autant dans la « photocopie » que dans la symétrie inverse…
          D’autres, comme Véronique, vont tenter de libérer leurs proches de ce qu’ils considèrent, à juste titre, être des chaînes.
          Sauf que les principaux concernés ne considèrent pas la situation telle qu’elle est vue.
          Et vont,dans cette perspective, induire une opposition ferme.
          Ce qui a pour but, dans la très grande majorité des cas, d’une part de ruiner les attentions du « sauveur sacrificiel » et, d’autre part, de renforcer les attitudes inaugurales du « reproducteur » qui s’investit d’autant plus dans la mission de s’opposer au changement.
          En conclusion, seule une adhésion personnelle permet d’induire une réflexion puis une action coordonnées.
          Il est essentiel de faire le deuil de cet idéal de vouloir « sauver l’humanité » malgré elle…

          • Et oui… et malheureusement, je suis ainsi au point que je porte toute la souffrance du monde. Lorsque j’apprends les crimes commis chaque jour contre l’humanité, envers ceux qui le plus souvent sont dans une grande détresse et auraient au contraire besoin d’être aidés, crimes commis pour le profit ou pour des raisons politiques, j’ai mal. J’ai l’impression de porter cette souffrance sur mon dos… c’est lourd à porter. Enfant, j’étais déjà comme ça et je passais des heures à pleurer. Pleurer pour les bébés phoques massacrés, pleurer pour les enfants maltraités, pleurer ensuite lorsque j’ai appris ce qui s’était passé sous le régime nazi avec la shoah, la pire manifestation de l’horreur et de ses crimes contre l’humanité, pleurer pour toutes les victimes d’un système capitaliste qui broie des vies… pleurer, tout le temps pleurer. Je voudrais être plus égoïste, penser plus à moi, arriver à être heureuse mais je n’y arrive pas car il se passe toujours quelque chose d’horrible qui me révolte et me fait souffrir. Heureusement qu’il y a quand même des bons moments partagés avec des gens merveilleux.

          • L’impact de toutes ces atrocités sur la conscience de chacun est salutaire…
            Toute la difficulté consiste à dépasser le choc émotionnel pour élaborer une réflexion puis une action salvatrices.
            C’est le plus compliqué, sans aucun doute.
            C’est aussi ce qui nous fait grandir : prendre conscience, ressentir puis analyser pour mieux agir.
            Et, surtout, savourer l’instant présent. Ici et maintenant.
            Parce que l’essentiel est là : rester présent à la conscience du monde et être acteur de sa vie.
            Pour devenir un maillon de sens et d’énergie qui nous lie au reste de l’humanité…

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