Les piliers de la personnalité

Dans la continuité de la mise en place des différentes expressions du caractère et des modalités de fonctionnement de chacun, nous allons explorer, aujourd’hui, les piliers de la personnalité.

Ils nous donnent un axe directeur dans notre façon de « voir » la vie.

Vous serez de moins en moins surpris de savoir à quel point ces expressions inaugurales vont, là-aussi, conditionner notre façon d’être.

D’où la nécessité ultérieure de mettre à plat ces piliers…

Non pas pour s’opposer à « tout ce qui bouge », mais pour affiner sa propre capacité à exister indépendamment des références.

Dans un souci permanent d’être en phase avec soi-même.

Au plus près de l’authenticité de chacun.

Dans le respect de valeurs universelles que préserve la démocratie.

La difficulté, comme nous le savons de plus en plus, est liée à l’identification de l’existence de ces piliers.

Car, existant dès notre naissance, ils sont intégrés à notre être et deviennent, instantanément, invisibles…

Ils font tellement partie de ce que nous sommes en train de devenir que nous ne pouvons plus les identifier comme étant étrangers à notre construction.

Cette intégration initiale est vécue comme une croissance naturelle.

Il est tellement difficile de se séparer de ce qui nous fonde…

Tout le hiatus s’exprime ainsi : savoir différencier nos certitudes ( « ce qui nous fonde ») de la réalité ( « ce qui ne nous appartient pas mais qui est intégré comme nos fondements » ).

 

Les piliers de la personnalité s’articulent autour de plusieurs axes :

                 Les héritages directs :

Cette transmission invisible codifie en quelque sorte bon nombre de nos attitudes ultérieures.

Ils s’expriment à plusieurs niveaux.

Tout d’abord, ce qui a été intégré par la mère et le père.

Disons que ce premier degré immédiat correspond à la continuité de ce qui a été vécu par eux et qui reste spontanément reproductible.

Ils envoient des signaux forts d’identification à leurs modèles.

Et ce, d’autant qu’ils sont naturellement persuadés que c’est ce qu’il y a de meilleur pour leur progéniture.

Parce qu’ils l’ont eux-même vécu…

Dans d’autres cas, ils vont vouloir solutionner au niveau de leurs enfants, les problématiques non résolues vis-à-vis de leur propres parents.

En leur donnant ce qu ‘ils auraient tant aimé recevoir.

Sans prendre conscience qu’il n’y a pas d’issue positive à transmettre à leurs descendants ce qui n’appartient pas à leur vie personnelle.

Le but de cette orientation est de tenter de trouver un dénouement réconfortant vis-à-vis de problématiques personnelles qu’ils rejouent à travers le temps et la présence de leurs enfants.

Mais ces enfants-là ne peuvent pas voir que cela correspond à une redite.

Ils intègrent, au contraire, la posture parentale comme étant naturellement la plus adéquate par rapport à ce qu’ils sont.

Et vont se construire avec ces modèles comme repères…

                    Les héritages indirects :

Cela nous emmène voyager à travers le temps…

Dans cette orientation, nous allons découvrir ce qui fait sens et référence pour tous les ancêtres qui peuplent notre arbre généalogique.

Ce que j’appelle la transmission psychique inconsciente trans-générationnelle.

En d’autres termes, la psycho-généalogie.

A ce titre, je vous recommande la lecture de «  Aïe, mes Aïeux » d’ Anne Ancelin Schützenberger.

A ce niveau, peuvent exister des identifications transmises par la projection soit de ces personnes en direct, soit d’autres proches qui vont évoquer le souvenir des ascendants en imprimant dans l’esprit des enfants, l’inclusion de ces références.

Qui n’a jamais entendu, par exemple : « eh bien, cette petite, c’est le portrait craché de ma mère » par une grand-mère qui a déjà un âge empêchant la proximité physique entre cette enfant et son arrière grand-mère.

Il ne peut y avoir de contact physique d’individu à individu, compte-tenu de l’amplitude de générations.

Et pourtant !…

Cette petite fille peut fort bien se construire adossée à l’impact émotionnel que son arrière grand-mère a laissé dans l’inconscient collectif de ses proches et développer une identification à ce modèle !


                    Les devoirs :

Cela correspond à ce que j’appelle les « obligations familiales ».

Toutes ces petites choses qui sont faites pour indiquer « le bon chemin » à prendre…

En fait, tout ce qui est inscrit dans l’esprit de chacun pour faire plaisir.

D’ailleurs, cela se vit instinctivement.

Bien souvent, nous sommes à la recherche de telles pratiques.

D’abord parce qu’elles sont très appréciées par ceux à qui elles s’adressent.

Ensuite, parce qu’elles sont valorisantes pour ceux qui les effectuent.

En allant dans la connaissance de ce que l’ autre attend, nous entrons, de fait, dans une réassurance salvatrice :« je sais que tu vas être content… »

Souvenons-nous de nos premiers pas dans le lien qui nous unit à nos parents tout-puissants.

Et retrouvons le goût de nos premiers émois affectifs.

Notre amour est toujours présent.

Il est toujours autant conditionnel !

« Je sais que pour que tu m’aimes, je dois d’abord te faire plaisir… »

Cette définition de l’amour reste pour nous tous le phare insubmersible de toute notre vie affective…

Tant que l’on n’a pas réinventé la source de l’amour.

Tant que nous n’avons pas trouvé d’autres références de lien.

Tant que la confiance dans cet échange de sentiments n’est pas indépendante de nos actes.

Tant que nous ne savons pas aimer l’autre pour ce qu’il est avant de l’aimer pour ce qu’il fait.

Tant que nous ne savons pas nous aimer tels que nous sommes.

Tant que nous ne savons pas ce qu’est l’amour véritable…

Alors, le meilleur moyen de faire plaisir est naturellement de faire des efforts.

Faire des efforts pour faire plaisir.

Personne ne voit rien à redire.

Puisque c’est pour faire plaisir !…

C’est justement à ce moment-là que démarre la difficulté relationnelle.

Que signifie « faire des efforts » ?

Cela correspond à : « faire toujours plus de quelque chose que nous ne supportons déjà plus du tout »

Belle façon de se respecter…

Et d’apprendre à ses enfants, par cet exemple, à se respecter eux-mêmes…

Alors voici ma proposition : « Arrêtons définitivement de faire des efforts. »

Qu ‘en pensez-vous ?

J’entends déjà une vague de contestation !

Mue par notre éducation…

Au-delà de cette affirmation destinée à éveiller les esprits, j’insiste et je persiste !

« Arrêtons de faire des efforts » ne signifie surtout pas « je ne fais que ce que je veux »

Cela induit d’arrêter de faire ce que nous ne supportons plus de faire.

En l’état.

Arrêter de faire des efforts aboutit implicitement à adhérer à ce que nous faisons.

Dans ce cas, ce n’est plus un effort dans le sens de l’insupportable opposition de fait.

Cela ne veut pas dire que toute adhésion ne soit jamais épuisante.

Mais elle n’est plus établie dans la contrainte car nous sommes d’accord pour l’effectuer.

Interrogeons-nous pour savoir comment rendre acceptable à notre esprit, en fonction de nos valeurs, la décision d’agir sous une forme plutôt qu’une autre.

Et trouvons le moyen d’ adhérer à ce que nous décidons de faire.

Cela évitera les reproches de toute nature que l’on a tendance à distiller, façon règlement de comptes.

Parce que nous sommes en plein accord avec nos valeurs.

Un enfant ne reçoit pas cet enseignement pour une raison.

Parce ce que ses parents ne se l’appliquent pas !

Il serait tellement plus épanouissant pour chacun d’entre nous, d’agir en harmonie et en concordance.

Chacun assumant ses choix.

Il n’y aurait plus « la faute à pas de chance » …

Parce que, d’après vous, comment se finissent toujours les efforts ?

La conclusion d’un effort est toujours la même : l’épuisement.

Et lorsque nous sommes épuisés, savez-vous comment nous réagissons ?

Souvenez-vous !

Voilà ce que nous pensons et, régulièrement, ce que nous disons : «  Allez tous vous faire voir avec vos efforts. Je n’en peux plus… »

Mais, souvenez-vous aussi que nous sommes construits sur le « faire plaisir ».

Et que les deux ne sont pas solubles l’un dans l’autre.

La culpabilité est là pour nous le rappeler sans cesse.

Nous voilà face à un dilemme existentiel majeur :

                « Je dois te faire plaisir pour que tu m’aimes »

                « Je dois te faire plaisir et je n’en peux plus »

Comment pensez-vous que cela puisse finir ?

En fait, là-aussi, un dilemme :

               « Je n’en peux plus et je m’effondre »

              « Je n’en peux plus et je me mets en colère »

Dans les deux cas, je suis en difficulté majeure.

Et choisir entre la peste et le choléra n’est pas chose aisée…

Nous verrons, la semaine prochaine, comment élaborer un vaccin efficace !

4 réflexions au sujet de « Les piliers de la personnalité »

  1. Bonsoir David,
    Très intéressant comme toujours et comme à chaque fois, cela fait écho à des problèmes rencontrés dans notre vie, dans notre relation avec nos parents… J’ai bien aimé la dernière partie sur la volonté de faire plaisir au prix de sacrifices qu’on finit par ne plus supporter. Je pense à ma mère qui, en tant que maman exemplaire, a toujours voulu « faire des efforts » pour son mari, ses enfants. Résultat : elle le faisait tout en se plaignant régulièrement d’avoir tout sur le dos, d’être « la boniche » de la maison. Le souci est qu’elle n’a jamais rien délégué ou demandé de l’aide, et surtout pas à ses enfants. Même adulte, lorsque je vivais avec elle, si je voulais aider, faire la cuisine, etc., elle ne le supportait pas car je lui « ôtais » son travail, je la « privais » de son « rôle » de mère… Le problème, c’est qu’en se plaignant régulièrement, elle faisait naître en nous un énorme sentiment de culpabilité car on avait l’impression d’être des fardeaux mais elle ne le réalisait pas.
    Par rapport à la première partie sur les fondations de la personnalité, je me demandais simplement si celle-ci se construisait déjà chez l’enfant dans sa vie intra-utérine par rapport à la gestion des émotions des parents. Pour prendre l’exemple de ma sœur jumelle et moi, cela a été un choc pour nos parents quand ils ont appris très tardivement (environ 10 jours avant l’accouchement) qu’il y en avait deux. Déjà, ma mère avait presque 40 ans et nous n’étions pas vraiment « programmées » disons. Alors, quand ils ont appris qu’en plus, on était deux, cela a été un vrai choc. Mon père a même eu un malaise. Je me demande si cela a pu avoir un impact sur la construction de notre personnalité. J’ai toujours manqué de confiance en moi avec cette peur toujours présente d’être de trop, de déranger, d’où ma difficulté à prendre ma place. Je me demande si cette période intra-utérine n’a pas été déterminante en cela.

    Bonne soirée David et merci pour tout.

    Véronique Faucheux

    • Bonsoir Véronique,

      Merci pour cette contribution liée au vécu individuel et à ses impacts sur la personnalité. Il est bien évident que la posture comportementale parentale influe sur le développement de l’estime de soi et, plus généralement, de la capacité à s’aimer.
      Je ne peux que recommander la lecture de mon premier article : « Les origines du stress : mythe et réalité. Part I » pour confirmer cet état.
      La démarche personnelle optimale consiste à reconnaître ces situations de vie afin de les gérer en les digérant et s’en servir comme tremplin de vie…

  2. bonjour David,

    Sans le savoir, j’ai suivi un de vos conseils : j’ai abandonné mes beaux parents une petite heure (alors qu’ils ont fait 300 km pour passer le week end avec leur fils,leurs petits fils et … leur belle fille). Mon mari s’est absenté pour son travail et moi, je me suis autorisée une pause et j’ai donc arrêté de « faire des efforts juste pour leur faire plaisir ». Bien sur en culpabilisant mais un peu moins en lisant cet article.
    En réfléchissant , je me dis que si je fais des efforts vis à vis de mes beaux parents, ce n’est pas pour eux mais pour mes enfants auxquels je voudrais montrer une certaine harmonie familiale peut être….

    merci, bonne journée;

    • Bonjour Florence,
      Merci pour votre contribution.
      Le chemin de l’affirmation de soi avance un peu plus chaque jour !
      La croyance selon laquelle vos beaux-parents vont être blessés du fait de votre choix de vous respecter s’éloigne en même temps.
      Alors que bien évidemment, l’idée n’est pas d’être en permanence avec eux mais épanouis lorsque vous êtes réunis.
      D’où les multiples pistes pour être d’abord bien soi-même et donc bien tous ensemble.
      A bientôt,

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