L’hypermodernité : ses impacts stressants sur le développement de la personnalité

L’ hypermodernité, qu’est-ce donc que cette expression étonnante ?

La modernité, oui…

 Nous pouvons la comprendre : nous sommes tous des femmes et des hommes modernes.

Mais, l’hypermodernité ?

Serait-ce une modernité encore plus moderne ?

Oui… Et non, en fait.

Ce sujet d’importance est souligné par l’actualité récente.

J’ai souhaité lui donner une place prioritaire.

Au-delà des passions.

Afin d’y apporter un éclairage référent, j’ai invité Jean-William Wallet à nous donner son point de vue.

Jean-William Wallet est Professeur émérite de psychologie clinique interculturelle et expert judiciaire.

Il travaille sur le sujet de l’hypermodernité, en particulier, depuis de longues années.

J’ai le plaisir et l’honneur d’échanger régulièrement avec lui. 

Nous avons le projet de proposer des articles de fond concernant l’impact des mutations sociétales sur le comportement de chaque individu.

Et, inversement, d’étudier aussi l’évolution de la pensée comme source de changement de nos attitudes concernant la vie en groupe.

Toutes ces orientations allant dans la recherche d’une qualité de vie et d’un apprentissage efficace de la gestion des émotions.

Donnons-nous une définition de l’hypermodernité.

Selon Gilles Lipovetsky :

« Notre époque n’est pas celle de la fin de la modernité, mais celle qui enregistre l’avènement d’une nouvelle modernité : l’hypermodernité.

Un peu partout, nos sociétés sont emportées par l’escalade du toujours plus,

Toujours plus vite,

Toujours plus extrême dans toutes les sphères de la vie sociale et individuelle : finance, consommation, communication, information, urbanisme, sport, spectacles…

Nullement une post-modernité mais une modernisation hyperbolique, le parachèvement de la modernité.

Jusqu’alors la modernité fonctionnait encadrée ou freinée par tout un ensemble de contrepoids et contre-modèles.

Cette époque s’achève.

La société qui s’agence est celle dans laquelle les forces oppositionnelles à la modernité démocratique et individualiste ne sont plus structurantes,

Où les grandes visées alternatives ont disparu,

Où la modernisation ne rencontre plus de résistances organisationnelles et idéologiques de fond.

On peut dès lors définir l’hypermodernité par la radicalisation des trois logiques constitutives de l’âge moderne, à savoir :

La techno-science,
Le marché,
L’individu et sa transcription politique, la démocratie ».

 

Voici maintenant la réflexion de Jean-William Wallet au sujet de l’hypermodernité.

Tout particulièrement, sur le thème de la jeunesse confrontée aux risques de l’hypermodernité.

« Depuis plus de 30 ans de nombreux auteurs ( Lipovetsky, De Jouvenel, Ehrengerg, Aubert, Stiegler, Bauman,Lachance etc…) mettent l’accent sur les conséquences du passage à l’hypermodernité pour des générations (enfants, adolescents, adultes, personnes âgées) qui y sont mal préparées.

Une hypermodernité caractérisée par l’instantanéité des phénomènes, dont les effets émotionnels sont accentués par l’influence des médias,

Par un brouillage de repères sociaux et moraux, souvent contradictoires du fait de la divergence des intérêts individuels et collectifs exprimée dans une atmosphère de concurrence caractérisée par une hypersélection des individus.

Ce, jusque dans des jeux télévisés où, de manière ludique, il faut « éliminer» le maillon faible.

Chez les plus jeunes en particulier, le risque est grand d’une difficulté à s’inscrire dans le sens des réalités concrètes,

En particulier lorsque ceux-ci sont dans une soumission aux technologies nouvelles qui leur fait courir le risque d’une confusion psychique entre réalités, fictions, virtualités, fantasmes, rêves…

A cause d’une élaboration viciée ou détruite de leurs repères concrets relatifs à l’espace et au temps.

Les conséquences néfastes d’une hypermodernité mal éduquée se retrouvent en particulier dans le sentiment d’abandon ou celui de non-reconnaissance de soi vécus par nombre de jeunes .

Ceux-ci se manifestent aussi par un sentiment de non-partage et d’incompréhension entre générations, avec de la rage, voire de la haine à l’adolescence,

Ou bien encore par des décrochages scolaires, des incivilités réactionnelles,

Des déviances, des conduites sectaires en bandes plus ou moins grégaires et organisées

Et oscillant de manière paroxystique entre sentiment de toute-puissance

Et sentiment d’absolue impuissance dépressive et suicidaire.

En réponse aux problèmes liés à l’hypermodernité,

UNE réponse essentielle et prioritaire s’impose : une réelle éducation citoyenne fondée sur l’ouverture intellectuelle exprimée sous toutes ses formes.

Jean-William WALLET
Professeur émérite de psychologie clinique interculturelle, expert judiciaire.

En collaboration avec François SABLON directeur de SEGPA et Patrick CAUCHEFER, professeur des écoles ( Education Nationale)

 

La question essentielle est donc de savoir comment gérer cette hypermodernité à tous les échelons des relations inter-individuelles.

Du fait de son omniprésente référence dans les fondements régissant les liens relationnels,
quelle réflexion pouvons-nous mener pour ne pas nous laisser dominer par cette surenchère permanente du toujours plus ?

Autant dans les espaces communs aux mêmes tranches d’age que dans les échanges inter-générationnels ?

Comment, en tant que parents, par exemple, pouvoir communiquer et confronter d’autres valeurs à ses enfants pour qu’ensemble, chacun de son point de vue, une synthèse objective puisse en découler ?

Sans cristalliser, dans un conflit d’opposition de tranchées, une situation bloquée durablement.

Comment gérer le stress de ne pas être entendu ?

Comment communiquer ? Pour ne pas  tomber dans un dialogue de sourds.

Comment déterminer une piste d’évolution qui permette à chacun d’accueillir ses valeurs et de respecter celles de l’autre ?

Sur quelles bases objectives, poser la liberté de pensée ?

Y a-t-il des limites à cette liberté de pensée ?

Je vous propose d’ouvrir le débat.

Vous pouvez me laisser vos commentaires autour de ces questions :

1) Quels sont les principaux problèmes que vous rencontrez vis-à-vis de cette hypermodernité potentiellement ravageuse ?

2) Quelles sont les conséquences de cet état de fait sur votre quotidien?

3) Que vous manquerait-il pour gérer de façon optimale les différences de point de vue autour de cette situation de vie en société ?

4) Quels résultats espèreriez-vous obtenir suite à la résolution de cette problématique ?

 

Je vous propose d’en faire la synthèse et de poursuivre le débat autour de solutions adaptées.

 

2 réflexions au sujet de « L’hypermodernité : ses impacts stressants sur le développement de la personnalité »

  1. Merci David, pour ce brillant article.
    Quel sujet passionnant que cette époque « moderne » ! Toutes les époques n’ont-elles pas été modernes aux yeux de ceux qui se revendiquent du passé ? Le débat d’aujourd’hui n’est-il pas une polémique d’hier ?
    Je crois savoir que toute l’information disponible dans le monde double tous les deux ans. Au fond, il y a peut-être un trait d’union entre l’information et cet excès de modernité où tout s’accélère. Et je suis bien conscient que c’est générateur de stress. La solution, puisqu’il faut bien en parler, ne réside-t-elle pas dan un renouvellement de notre éducation aux savoirs ? Où l’information et son traitement aurait une place centrale, au même titre que les mathématiques.

    • Bonjour Jean-Philippe,
      Merci pour cette contribution lucide concernant l’accélération exponentielle des savoirs mais surtout soulignant leur vitesse d’apparition… Et bien souvent celle de leur disparition !
      En effet, le monde d’aujourd’hui nécessite une véritable réflexion de fond autour du sens et des valeurs que représentent cet accroissement et cette rapidité d’accès aux connaissances.
      Afin d’éviter que le « trop » ne soit vecteur, en définitive, que de « moins »
      Le vieil adage « trop de pub, tue la pub » peut s’appliquer, bien évidemment, à d’autres secteurs d’activité.
      Nous devons nécessairement nous adapter à cette nouvelle façon de consommer et décider de rester acteur de notre vie.
      Je partage totalement cette idée selon laquelle l’éducation garde une place centrale dans l’accès et la gestion des savoirs. En particulier, dans tout ce qui peut toucher les apprentissages.
      Une vraie dynamique pourrait s’opérer autour d’une réflexion ouverte pour accueillir au mieux ce défi du temps qui s’accélère.
      Comment conserver cet esprit d’apprentissage et de curiosité nécessaire à la formation de l’esprit et optimiser « l’essentiel » dans les perspectives de nos générations futures ?
      A suivre !!

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